Justin
Koné Katinan, dernier ministre du Budget du président Gbagbo (incarcéré
Ă la Cpi, Ă la Haye), Porte-parole du plus illustre des prisonniers de
cette cour, de nos jours, accompagné de l’avocate au Barreau de Paris,
Me Lucie Bourthumieux, membre du conseil de Laurent Gbagbo, a séjourné
en Afrique du Sud, du 19 au 24 août 2012, muni d’un visa régulier.
Au
pays de Mandela, Katinan a eu des contacts très fructueux dans le cadre
de la mission que lui a confiée l’ex-chef de l’Etat ivoirien, Laurent
Gbagbo. A l’issue de son voyage, il est arrivé à l’aéroport
International d’Accra Kotoka par un vol régulier de la compagnie
aérienne South African Airways. C’est à sa sortie de l’aéroport, après
toutes les formalités usuelles et dans l’attente de son chauffeur que
Koné Katinan a été interpellé par des policiers en civil.
On découvrira
par la suite qu’ils sont d’Interpol Ghana. Ces derniers, notoirement
soupçonnés chez eux dans un deal avec le régime Ouattara et à l’insu des
autorités Ghanéennes, ont voulu remettre Katinan dans l’avion
sudafricain par lequel il venait de rejoindre le Ghana. Objectif, le
livrer en catimini aux autorités d’Abidjan comme ce fut le cas du
Commandant de gendarmerie Anselme Séka Séka (ex-responsable de la
sécurité de Mme Gbagbo) depuis l’aéroport de Lomé (Togo).
L’avocate
Bourthumieux s’y est opposée de manière très ferme et a clairement
indiqué aux policiers que la destination finale de son client est Accra
et non Abidjan. C’est sur ces discussions que la puce est mise Ă
l’oreille des agents de la police de l’immigration de l’aéroport et
ensuite du Bureau Nationale d’investigation (BNI, la DST ghanéenne).
Là -bas, tous les policiers ghanéens paraissent surpris par ce qui
ressemble visiblement à un enlèvement organisé par le pouvoir ivoirien
avec la complicité manifeste de certains policiers d’Interpol Ghana.
A
Accra, les rumeurs les plus persistantes font état d’une affaire de gros
sous. Les Ghanéens en sont si persuadés qu’ils ont découvert que c’est
précisément par les journaux pro-Ouattara à Abidjan que l’information de
« l’arrestation de Katinan et de son extradition imminente sur Abidjan »
a été rendue publique, notamment par le quotidien Le Patriote créé par
le ministre de l’Intérieur de Ouattara, Hamed Bakayoko, journal
porte-voix du pouvoir, dans son édition du samedi 25 aout 2012.
Toujours
à Accra, les réfugiés ivoiriens traumatisés par cette information ont
mĂŞme appris qu’une grande effervescence joyeuse se serait emparĂ©e Ă
Abidjan des organisateurs du coup fourré en territoire ghanéen.
A
Abidjan, on a rapidement parlé d’affréter un avion spécial et d’y mettre
le doyen des juges d’instruction du Tribunal du Plateau, Mme Cissé
Makoni, pour finaliser, à Accra, les formalités judiciaires pour
l’extradition illico presto de Koné Katinan, présenté comme un «
activiste pro-Gbagbo pour qui sonnait la fin de cavale ». Cette
information s’est avérée fausse, relevant purement de l’intoxication
gouvernementale.
Mais trop tard, elle été malheureusement reprise par
les médias internationaux (AFP, BBC, RFI et autres). Dans le fond,
jusqu’au moment où nous mettions sous presse, aucun avion et ni juge
n’ont été aperçus dans la capitale ghanéenne.
Le Ghana qui est un pays
respectueux du droit et particulièrement jaloux de son indépendance et
de sa souveraineté ne s’est jamais senti concerné ni influencé par les
agitations émanant Abidjan. Selon les informations obtenues auprès des
autorités ghanéennes, le kidnapping ivoirien en terre ghanéenne s’étant
déroulé le week-end, Koné Katinan est simplement obligé d’attendre
l’ouverture des bureaux pour être sûrement libre de ses mouvements et
continuer à bénéficier de la protection constitutionnelle de l’Etat
Ghanéen en qualité de refugié politique.
Car, la Constitution ghanéenne
renforcée, par des lois pertinentes, interdit formellement l’extradition
d’un refugié surtout pour des motifs politiques. Après le coup foireux
de l’arrestation de Katinan au Cameroun, un honteux «bidonnage »
diplomatique présenté en son temps, par Alassane Dramane Ouattara ,
lui-même, comme « une négociation avec le Président Camerounais Paul
Biya en vue d’extrader » le porte-parole de Laurent Gbagbo, voici de
nouveau une rocambolesque affaire d’enlèvement manqué. Une initiative
éhontée montée sûrement avec l’argent du contribuable ivoirien.
Correspondance Ă Accra (Ghana) de Yves Komenan
Digne d’une mafia
La rocambolesque affaire Koné Katinan survenue,
vendredi dernier, à l’aéroport international Kotoka d’Accra, capitale du
Ghana, pourrait constituer le scénario d’un film d’espionnage, éligible
au box office. Avec un personnage mafieux (le gouvernement ivoirien)
pris la main dans le sac d’une tentative d’enlèvement d’un opposant
politique sur un territoire étranger. « Ce qui s’est passé est un
véritable kidnapping manqué.
La Côte d’Ivoire est devenue un Etat voyou.
C’est désolant ». Ce commentaire émanant d’un ancien ministre du
gouvernement Gbagbo, exilé politique au Ghana, depuis avril 2011,
restitue le sentiment général qui se dégage au su de l’affaire de la
prétendue arrestation de Justin Koné Katinan que certains quotidiens
proches du régime Ouattara avaient perçu comme un scoop.
Non seulement,
c’en était pas un. Mais cette affaire dévoile davantage le visage hideux
du régime qui dirige la Côte d’Ivoire, depuis le 11 avril 2011. Un
Etat-policier, une dictature abonnée aux enlèvements, tortures,
violations des droits humains, emprisonnements illégaux etc. En plus de
ces dérives, le régime Ouattara est au centre, à la faveur de l’affaire
Katinan, de forts soupçons de corruption.
Cela fait grand bruit à Accra où il est fait état d’une forte somme d’argent
(plusieurs millions de fcfa) que certains policiers d’Interpol auraient
perçu du régime Ouattara pour kidnapper Koné Katinan.
Aux dernières
nouvelles, les policiers ghanéens d’Interpol qui ont tenté d’enlever le
porte-parole du PrĂ©sident Gbagbo, vendredi dernier aux environs de 15h, Ă
l’aéroport International Kotoka d’Accra, ont été sanctionnés par leur
hiérarchie.
Argent sale (corruption) et pratiques peu orthodoxes. Tels
sont les ingrédients d’une mafia. Dans l’affaire Katinan, tout ce
cocktail semble être réuni.
Didier Depry didierdepri@yahoo.fr