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Côte D’ivoire, Poudrière Identitaire

Une équipe de sociologues emmenée par Benoît Scheuer montre le mécanisme qui a conduit à la crise identitaire en Côte d’Ivoire et, à travers ce cas, comment se créent les conflits qui mènent aux nettoyages ethniques et aux génocides.

Un film de Benoît Scheuer et Dominique Trembloy (Résistance(s) Productions-2001).

Ce film  » Côte D’ivoire, La Poudrière Identitaire  » rentre dans l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, et la naissance d’un nationalisme (L’ivoirité) n’ayant servi qu’aux jeux politiques d’une élite c…

La Radiotélévision ivoirienne (RTI, publique) a diffusé, mardi de 21 heures à 4 heures du matin (locales et GMT), le film du sociologue belge Benoït Scheuer « Côte d’Ivoire, poudrière identitaire » suivi d’un débat.
« Nous projetons ce film, par devoir d’informer », a notamment déclaré M.
Jean Paul Daily, directeur de la production à la RTI, justifiant la diffusion du documentaire qui met gravement en cause les autorités ivoiriennes dans les violences politiques qu’a connu le pays durant ces dernières années.
Le débat a regroupé, face à deux journalistes de la RTI, des représentants de partis politiques, d’organisations des droits de l’homme et de la société civile, à l’exception du Rassemblement des républicains (RDR) de l’ancien Premier ministre ivoirien, M.
Alassane Dramane Ouattara.
Dans son documentaire, Benoît Scheuer est formel : « la crise identitaire en Côte d’Ivoire est profonde.
Si nous ne faisons rien maintenant, le pays court vers une « rwandisation ».
Dans la forme, le documentaire du sociologue belge prend l’allure de séquences juxtaposées de faits divers où l’horreur le dispute à la méchanceté.
Dans le fond, Benoît Scheuer est parti de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire avec, au centre du débat, « l’ivoirité, concept inventé de toutes pièces par les élites ivoiriennes en 1996 pour se débarrasser des étrangers » vivant dans le pays, « de peur que ceux-ci ne leur prennent leurs terres ».
L’argument est de taille parce qu’au moment de la naissance du concept, la Côte d’ivoire comptait officiellement 28 pour cent d’étrangers dont 16 pour cent pour la seule communauté burkinabé.
Scheuer reconnaît, tout comme certains acteurs du film, qu’il n’existait jusque-là aucun problème de cohabitation dans la vie quotidienne des populations.
Pour déterminer l’origine de cette animosité relatée le sociologue belge a, selon ses propres termes et à l’instar du général américain George Patton après la deuxième guerre mondiale, voulu « forcer les Ivoiriens qui doutaient encore à visiter leurs propres camps de concentration ».
« Côte d’Ivoire, poudrière identitaire » montre trois régimes politiques successifs dressés contre un homme « blanc comme neige », M.
Alassane Dramane Ouattara ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny qui, répondant en 1993 à la question d’un journaliste relative à ses intentions politiques après la mort d’Houphouët Boigny, « a eu le malheur de dire, on verra ».
Le bouc-émissaire tout trouvé, une machine à tuer se met en marche sous Bédié et se poursuit sous Gbagbo avec le concept de l’ivoirité en bandoulière, poursuit Scheuer dans son film.
Expropriation des terres, viols, assassinats, épuration ethnique se succèdent et ébranlent tout le nord du pays, zone des populations Dioulas d’où Ouattara est originaire.
Jusqu’au 27 octobre 2000 où la goutte d’eau déborde le vase avec la découverte d’un charnier de 57 corps dans une banlieue abidjanaise.
A l’aide de nombreux témoignages recueillis, le documentaire a projeté de nouveaux types d’Ivoiriens qu’aucun de leur compatriote présent sur le plateau de la télévision ne reconnaissait.
Tous les participants à l’émission ont dénoncé « le montage grotesque des images, des sons et des témoignages partisans » dans le film.
Il s’agissait pourtant de la réalité implacable de la Côte d’Ivoire, qui a décompté de centaines de morts au cours des tensions politiques de ces deux dernières années.

16 août 2001 11:08:00

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